mercredi 11 juin 2008

Après mai 68 c’est les années de plomb qu’on commémore !

Mon dernier post évoquait les commémorations du quarantième anniversaire de mai 68. Si le souvenir romantique des luttes qui ont atteint leur paroxysme durant ce mythique mois a été régulièrement entretenu auprès de l’opinion publique, force est de constater que d’autres luttes dans les années qui ont suivies ont moins bénéficié des faveurs commémoratives des médias. Ainsi, on ne parle plus beaucoup des « années de plomb » au cours desquelles en France, en Italie ou en RFA, la violence de l’Etat répondait à la violence de groupuscules comme Action Directe, les Brigades Rouges ou la Fraction Armée Rouge. Ces organisations prétendaient que par dans une logique action-répression-action, la confrontation avec l’Etat « bourgeois » gagnerait en intensité et que le prolétariat, après avoir pris conscience du caractère répressif de l’Etat, prendrait également les armes contre ses oppresseurs.

Ces organisations suscitèrent des émules en Belgique. C’est ainsi que sont nés les Cellules Communistes Combattantes. Ces dernières ont perpétrés divers attentats sur le territoire belge en 1984-1985. Si au final les CCC, ont eu beaucoup moins de sang sur les mains que leurs « camarades » allemands, français ou italiens, leurs activités terroristes n’en ont pas moins justifié la répression du gouvernement Martens-Gol surtout à l’égard des milieux de gauche.


Les années ont passées, les membres des CCC ont purgés leur peine et pourtant il semble que le souvenir de leurs actions puisse encore servir à effrayer le populo ou au moins à faire vendre des journaux. Comment expliquer sinon l’agitation médiatique autour des arrestations de 5 personnes soupçonnées de liens avec une organisation considérée comme terroriste en Italie qui ressemble de plus en plus à un revival de l’atmosphère de la Belgique de la moitié des années 80.

Sans avoir suffisamment d’éléments pour me prononcer sur le fond du dossier, qui de prime abord n’a tout de même pas l’air bien conséquent, je suis scandalisé par la manière dont on a jeté en pâture à l’opinion publique les noms des inculpés dans un pays ou la présomption d’innocence constitue une des règles élémentaires du droit pénal. Surtout dans le cas de la journaliste de la télévision publique qui même si l’affaire est classée sans suite devra vivre avec une étiquette dont le moins qu’on puisse c’est qu’elle ne servira pas à booster sa carrière sur cette chaîne ou dans d’autres organes de presse.
J’ai tout de même l’impression que ces arrestations sont à remettre dans le contexte de paranoïa post 11 septembre qui a justifié l’adoption par beaucoup d’états d’un arsenal répressif démesuré. A l’heure où le Ministre de la Défense est en train de jurer allégeance à l’Empire, il est sans doute bon de rappeler que la Belgique est un bon élève en matière de lutte contre le terrorisme. Tant pis si pour cela il faut briser des carrières ou broyer des vies !

mercredi 4 juin 2008

La racaille c’est lui !


A l’heure où les médias dominants font l’éloge le plus souvent convenue des « événements » de mai 68 dont ils renvoient généralement une image plutôt aseptisée, il est assez plaisant de voir certaines initiatives en matière de commémoration des quarante ans de mai 68 sortir des sentiers battus. Ainsi, le dernier album de Dominique Grange « 1968-2008…N’effacez pas nos traces ! » sort clairement du lot dans le fatras des souvenirs de mai 68 forts présents dans nos étalages en ce moment, effet de mode oblige. Avec toute la conviction et le talent qui la caractérise, Dominique Grange nous livre sa vision personnelle de l’héritage de mai 68 qu’elle entend contribuer à préserver avec ce disque. Car cet album, illustré de manière magistrale par Tardi (Le cri du peuple,…), se veut une réponse à ceux qui, à l’instar de l’actuel président de la République Française, veulent « tourner la page de mai 68 ». Outre les « événements » précités, l’artiste (très) engagée évoque aussi à travers les chansons de l’album « 1968-2008…N’effacez pas nos traces ! » la Commune de Paris, la dictature de Pinochet et la lutte pour le droit d’asile. A ne surtout pas rater !


mercredi 23 avril 2008

Misère de la Philosophie Française


Sans avoir la prétention d’être un critique littéraire, je souhaite écrire quelques mots sur ma dernière lecture. Il s’agit de l’ouvrage intitulé « ce grand cadavre à la renverse » de Bernard-Henri Levy.


Je dois bien avouer que j’étais assez perplexe devant le positionnement anti-Sarko de celui que Renaud, dont la plume se trempe encore parfois dans le vitriol, appelle le philosophe des beaux quartiers. Contrairement à ses éminents collègues Glucksmann et Finkielkraut qui s’étaient empressés d’aller manger dans les mains du futur président « bling-bling », BHL avait publiquement soutenu Ségolène Royal. On l’avait même aperçu à des meetings de la candidate du PS. Dès lors, j’étais curieux de lire le dernier opus de la cible favorite de notre entarteur national. Surtout en sachant que ce livre se voulait une analyse de l’état actuel de la gauche.

Force est de constater que BHL reste fidèle aux convictions qui sont les siennes depuis des années. L’auteur de « la barbarie à visage humain », ouvrage ou l’URSS était brocardée à l’instar d’une frange importante du socialisme français constitué de zélateurs du marxisme (dans l’ouvrage précité, l’ intellectuel de Saint-Germain-des-prés va jusqu’à qualifier le marxisme d’opium du peuple), reste trente ans plus tard, l’un des thuriféraires les plus en verve du libéralisme. Il fustige la petite gauche révolutionnaire en attente du grand soir qui viendra remettre en question l’ordre libéral établi. Sa démonstration est imparable. Il cite les trois seules révolutions qui trouvent grâce à ses yeux : les révolutions américaine, anglaise et française. Toutes trois d’inspiration libérale, elles ont été porteuses de progrès et de bien-être pour les populations. A titre de contre-exemple, il met en exergue la politique menée par les khmers rouges au Cambodge. Pour BHL, il s’agit de la révolution d’inspiration marxiste la plus aboutie, la plus vraie et la plus pure. Le libéralisme est donc notre horizon politique indépassable puisque les tentatives de concrétiser des utopies révolutionnaires radicales ont entraîné la mise en place de régimes sanguinaires et totalitaires comme celui de Pol Pot . Dans « ce grand cadavre à la renverse », il donne même un nom amusant à sa démonstration : Le théorème du Cambodge. CQFD.

Pour le reste cet ouvrage est une suite de digressions simplistes sur le thème d’une certaine gauche qui s’égare ou qui renie ses convictions fondamentales. A force d’être pro-palestinienne, elle devient islamiste. A se prononcer en faveur du non lors du référendum sur la constitution européenne, elle devient nationaliste. A trop dénoncer le droit d’ingérence des puissances occidentales, elle renonce au combat pour défendre les droits de l’homme partout dans le monde.

Au passage, il égratigne différentes personnalités coupables de ne pas partager son américanophilie. Hugo Chavez dont la rhétorique antilibérale rappelle, d’après le très progressiste épiscopat latino-américain dont le philosophe reprend les paroles à son compte, celle des régimes fascistes et nazis . Michael Moore qui dénonce la politique de l’administration Bush devient un chantre de l’isolationnisme. Pierre Bourdieu dont les théories « enferment » les gens dans des « systèmes » est qualifié de mauvais philosophe. Les mauvaises langues diront que BHL s’y connaît en la matière…

L’intérêt principal de ce livre écrit par quelqu’un qui continue à dire que la gauche est sa famille est donc de pouvoir constater à quel point la gauche est une grande famille …..avec des cousins très éloignés.

dimanche 9 mars 2008

Crise en Amérique latine : Uribe en paladin de l’Empire ?


Alors que les tensions entre la Colombie, le Venezuela et l’Equateur semblent s’apaiser, il est légitime de s’interroger sur les causes de cette escalade qui a mené à la rupture des relations diplomatiques de certains pays d’Amérique Latine et au déploiement d’effectifs militaires dans plusieurs zones frontalières.

L’attitude du gouvernement colombien laisse perplexe à bien des égards. D’une part, l’incursion militaire en Equateur constitue un précédent fâcheux en matière d’exportation sur tout un continent de conflits étatiques internes. C’est la première fois au cours de l’histoire de l’affrontement entre l’état colombien et les FARC, qui dure pourtant depuis plusieurs dizaines d’années, qu’une opération militaire de moyenne envergure est lancée au-delà des frontières colombiennes.

D’autre part, pour la première fois depuis des années, des perspectives réelles d’une libération négociée des otages détenus par les FARC existe grâce à la mobilisation de l’opinion mondiale autour d’une personnalité comme Ingrid Betancourt et surtout à l’efficace travail de médiation d’Hugo Chavez. Cependant Alvaro Uribe a précipitamment mis fin à la mission de médiateur de président vénézuélien, autorisé le bombardement de zones où des libérations d’otages étaient prévues et, ce qui a provoqué la crise actuelle, éliminé le numéro deux des FARC lors d’une opération militaire menée en Equateur. Il est clair que le Président colombien ne privilégie pas une issue négociée pour ce qui est de la problématique des otages. Tout comme il ne semble pas disposé à faire un cadeau politique à son meilleur ennemi Hugo Chavez, quelque part sa parfaite antinomie en matière idéologique, en le laissant se présenter aux yeux du monde comme le libérateur d’Ingrid Betancourt.

Au-delà de l’inimité personnelle et politique qui lie Uribe à son homologue vénézuélien, il convient de remettre les choses dans un contexte plus global. Il n’échappe à personne que l’administration Bush n’a pas très bien vécu le fait que plusieurs pays d’Amérique Latine se soient dotés de dirigeants progressistes ces dernières années. Sachant que les américains ont investi des moyens conséquents en Colombie pour renforcer l’armée régulière et lui permettre de lutter plus efficacement contre les narcotrafiquants et le « terrorisme », ils ne sont sans doute pas loin de considérer la Colombie comme une sorte de poste avancé dans un continent qui leur est de plus en plus hostile. Chavez, fustigeant constamment l’impérialisme US et ne faisant pas mystère de sa volonté de fédérer les états progressistes d’Amérique Latine autour d’un projet politique alternatif, est clairement dans la ligne de mire des américains. Il est donc à craindre que les provocations colombiennes à l’égard du bouillant président vénézuélien se multiplient tant ce dernier est devenu l’homme à abattre pour les Etats Unis. Si le financement des partis d’opposition n’a pas donné les résultats escomptés puisque Chavez a remporté tous les scrutins depuis 1999 à l’exception du dernier référendum et que le coup d’état de 2002 s’est révélé un cuisant échec, l’Administration Bush n’a sans doute pas encore abandonné la partie. Dès lors, le risque existe de voir la Colombie, poussée par les Etats Unis, provoquer le confrontation militaire avec le Venezuela. Il faut dire qu’au niveau des forces en présence, la balance penche clairement en faveur de la Colombie. Celle-ci compte, en grande partie grâce au soutien américain l’armée la plus nombreuse, la mieux entraînée et la plus équipée de la région. L’issue d’une escalade belliqueuse entre la Colombie et le Venezuela serait donc vraisemblablement favorable aux intérêts américains.

Il faudra donc être attentif, dans les prochains mois, à l’évolution de la situation dans la région et à la stratégie de déstabilisation et de provocation qu’Uribe pourrait mener à l’encontre du Venezuela notamment dans le but d’offrir à son allié inconditionnel G.W. Bush un bien beau cadeau pour son départ de la maison blanche .

samedi 9 février 2008

Espagne: la transition inachevée...

La proximité des prochaines élections législatives qui se dérouleront en Espagne en mars prochain sont une occasion pour moi d’évoquer le climat politique particulièrement tendu dans mon pays d’origine. Militaires remettant en question le pouvoir du gouvernement civil, conférence épiscopale faisant la propagande d’un parti politique, tentative d’influence du politique sur le monde judiciaire,…La tension est palpable, et par certains aspects, n’est pas sans rappeler un passé dramatiquement conflictuel. Dans les lignes qui suivent, j’esquisserai une ébauche d’analyse de la situation politique en Espagne. Mon objectif est d’éclairer la lanterne de ceux qui n’ont pas toujours l’occasion de suivre de très près l’actualité politique espagnole.

Parti Populaire : le mensonge pour stratégie !

Pour bien comprendre le climat politique particulièrement délétère en Espagne, il est essentiel de s’attarder sur la stratégie destructrice mise en œuvre par le Parti Populaire depuis sa défaite électorale 2004. Pour rappel, le 11 mars de cette année-la, sont perpétrés à Madrid les attentats les plus meurtriers de l’histoire espagnole. Le Gouvernement espagnol présidé à l’époque par le très américanophile et très néo-conservateur José Maria Aznar est horrifié par la perspective de voir ces attentats attribués à la mouvance islamiste. En effet, comment ne pas lier ces attentats à la présence des troupes espagnoles en Irak ? Les espagnols, opposés en grande majorité à l’illégale intervention militaire en Irak, ont, à ce moment, encore à l’esprit les déclarations belliqueuses et matamoresques d’Aznar en présence des va-t-en-guerre Tony Blair et de GW Bush lors du « sommet des Açores » véritable lancement médiatique de l’invasion du territoire irakien. La participation espagnole à cette opération militaire a déclenché une très forte opposition de l’opinion, traduite par des mobilisations de masse aux quatre coins du pays. Dès lors, le risque est grand de voir une majorité des espagnols faire le lien entre les attentats de Madrid et la présence militaire espagnole en Irak et sanctionner le gouvernement du parti populaire coupable d’avoir, par son soutien inconditionnel à l’offensive anglo-américaine, exposé l’Espagne à des représailles de la nébuleuse islamiste. La stratégie du gouvernement d’Aznar va être de nier l’évidence et d’attribuer l’attentat à l’ETA. Le Parti Populaire (PP) ayant fait en partie campagne sur la nécessité d’être ferme par rapport aux séparatistes basques, la thèse mensongère sur la responsabilité de l’ETA dans les attentats de Madrid devait légitimer le projet politique du PP auprès de l’opinion publique. La manœuvre est grossière et ne trompe pas la majorité des espagnols. Dès les premières heures, l’ETA dément fermement tout implication, les enquêteurs admettent ne pas reconnaître le modus operandi de l’organisation basque et les médias du monde entier déplorent la nouvelle action meurtrière du réseau Al-Quaida. Le dimanche 14 mars 2004, les espagnols sanctionnent le gouvernement sortant. Le Parti Socialiste Ouvrier espagnol (PSOE), donné largement battu par tous les sondages d’opinions encore une semaine auparavant est le grand vainqueur des élections. Il était a espérer que suite à cette défaite, les cadres du PP allait reconnaître leur erreur et avoir le bon sens de revoir leur stratégie. Il n’en a rien été ! Aznar ayant pris sa retraite (retraite dorée il faut bien le dire puisqu’il est consultant politique de divers instituts liés aux milieux néo-cons américain), les trois anciens ministres (Acebes, Rajoy, Zaplana) les plus en vue des gouvernement du PP, vont décider de persister dans le mensonge. Aidé par des médias « proche » (Cadena Cope, el Mundo,..) il vont mettre en place une stratégie de confrontation avec le nouveau gouvernement du PSOE. Certains iront même jusqu’à accuser, dans des termes à peine voilés, le PSOE d’avoir comploté avec l’ETA pour organiser les attentats du 11 mars 2004 en faisant croire que ceux ci étaient une action terroriste islamique en guise de représailles contre la présence militaire espagnole en Irak afin de voler la victoire électorale promise au PP ! Ces accusations, pour aussi fantaisistes qu’elles puissent paraître en dehors des frontières de l’état espagnol, ont été considérés comme crédibles par un certain secteur de l’opinion publique percevant la défaite du PP comme une injustice à réparer voire comme un coup d’état à contrer ! Ainsi, tout au long de l’enquête sur les attentats, la presse d’opinion proche du Parti Populaire va dénoncer le fait que les policiers en charge de l’enquête aient fait preuve de partialité en privilégiant la piste du réseau islamique (pourtant considérée par tous les spécialistes internationaux comme la seule plausible) à celui de l’ETA. L’issue du procès des auteurs des attentats du 11 mars 2004 a encore été l’occasion d’une dernière passe d’armes sur cette question entre PP et PSOE . Aux socialistes, qui après la sentence du tribunal demandaient à Rajoy, le président du PP, de reconnaître que ce n’était pas l’ETA qui avait organisé les attentats du 11 mars 2004, Zaplana demandait minablement en échange de reconnaître que… ce n’était pas la présence espagnole en Irak qui était la cause des attentats (1).

Il est vrai que l’entourage du PP n’est plus à une manipulation près. Ainsi, dans le cadre du débat sur l’adoption d’une législation condamnant les crimes du franquisme qui a suscité une très forte polémique en Espagne, certains médias de droite (2) vont faire dans le révisionnisme historique et attribuer la responsabilité de l’éclatement de la guerre civile espagnole au PSOE et à ERC (Nationalistes catalans de gauche actuellement présents dans le gouvernement autonome de Catalogne). Oublié le soulèvement militaire impulsé par des factieux emmenés par le général Franco contre la République et son gouvernement démocratiquement élu, c’est la gauche qui a initié cette guerre qui a causé la mort de plusieurs centaines de milliers d’espagnols… Le drame c’est qu’il suffit souvent de répéter un mensonge plusieurs fois pour que les gens commencent à y croire. La Droite espagnole l’a très bien compris.

Etat espagnol : Les nationalismes à l’œuvre

Sans aucunement avoir la prétention de vouloir établir une typologie précise des sentiments nationaux existants en Espagne, il est intéressant de mettre en exergue trois nationalismes particulièrement prégnants dans la réalité politique espagnole d’aujourd’hui.

Commençons par le nationalisme basque. Le premier parti de la communauté autonome du Pays Basque est le PNV. Outre son attachement au nationalisme basque, ce parti professe une idéologie conservatrice et catholique. Malgré une méfiance séculaire envers le gouvernement de Madrid quel qu’il soit, le PNV s’était allié aux républicains en 1936 contre l’insurrection menée par Franco. Ce dernier s’était vengé en demandant à ses alliés allemands de rayer de carte la ville de Guernica, haut lieu du nationalisme basque. Comment aborder la question du nationalisme basque sans ouvrir une parenthèse sur l’ETA ? L’organisation séparatiste a, depuis la fin des années soixante, choisi la voie des armes comme moyen de mener à bien son dessein politique. Il faut bien dire la législature qui se termine aurait bien pu être celle de la fin de la lutte armée. L’annonce par l’ETA , le 22 mars 2006, d’une trêve unilatérale et illimitée avait ouvert des perspectives de solution négociée au conflit. Un dialogue avait d’ailleurs été ouvert entre les représentants de l’organisation basque et le gouvernement espagnol. Il a vite tourné court, les attentats ayant même repris depuis lors. Le mouvement abertxale et le Gouvernement Zapatero ont ainsi manqué, pour diverses raisons, le compromis historique qui aurait permis de mettre à la violence terroriste. Sans rentrer dans une analyse étayée des raisons qui ont provoqué la faillite des négociations, gageons que le harcèlement constant du Parti Populaire contre un Gouvernement coupable d’avoir « oser » négocié avec des terroristes n’aura pas contribuer a établir un climat politique serein. Le PP aura été jusqu’à instrumentaliser les associations de victimes du terrorisme pour favoriser sa stratégie de déstabilisation permanente du gouvernement. Quel dommage que même sur des enjeux aussi essentiels, Rajoy et ses proches n’aient pas réussit à sortir de leur partisanerie coutumière.

Passons maintenant au nationalisme catalan. Si ce dernier n’a jamais été porteur d’actions violentes comme le nationalisme basque, la défiance envers tout ce qui ressemble de près ou de loin à du centralisme est très forte. L’hostilité envers les symboles de l’autorité centrale comme la monarchie est bien réelle. Ouvertement revendiqué par certains partis comme ERC, l’indépendance de la Catalogne ne fait pas l’unanimité dans l’ensemble de la communauté autonome. Toutefois, une majorités de catalans est favorable à d’avantage d’autonomie pour cette Communauté et donc d’une révision de la constitution espagnole. Cela n’est guère aisé dans la mesure ou la constitution à été élaborée d’un large consensus en 1978.

Enfin, le nationalisme espagnol ou espagnolisme constitue le prolongement d’une idéologie conservatrice empreinte de militarisme et de colonialisme. Les nostalgiques de la « grandeur » de l’Espagne sont encore nombreux surtout dans les rangs du PP. Ce dernier n’a d’ailleurs de cesse de dénoncer le manque de patriotisme et de chauvinisme du gouvernement lorsqu’il se montre trop complaisant avec les revendications autonomistes de certaines formations politiques. Se rompe Espana ! L’Espagne se brise ! C’est sur cette peur fort prégnante dans certains milieux que le PP joue pour montrer que le PSOE est loin d’être le meilleur garant de l’unité de l’Espagne constamment mis en danger par les séparatistes divers et variés. L’intransigeance du PP rend impossible un débat serein sur le statut d’autonomie de diverses entités territoriales. Ce qui souvent a pour conséquence de radicaliser des partis comme ERC et le PNV. Et aussi de raviver les fantasmes putschistes de quelques militaires nostalgiques de l’Espagne de Franco.

Le bilan postif du PSOE : un plus pour les prochaines élections ?

La législature qui s’achève a, malgré le climat politique tendu, été positive sur le plan socio-économique. Création d’emplois, croissance soutenue, compétitivité accrue des entreprises espagnoles à l’étranger : Tous les indicateurs utilisés habituellement attestent de la « bonne santé » de l’économie espagnole !. Soit dit en passant, il est clair que ces critères ne sont pas neutres au niveau idéologique et que leur mise en exergue systématique dans les médias loin d’une volonté d’objectiver l’analyse économique répond davantage à la volonté politique de renforcer le cadre de référence néo-libéral. Cette petite digression étant faite, j’en reviens au bilan du gouvernement du PSOE et plus particulièrement à la politique sociale. Augmentation du salaire minimum, de la pension minimale, soutien accru à la parentalité : autant de réformes porteuses pour la collectivité. Des avancées remarquables ont été enregistrées également au niveau éthique avec notamment le mariage homosexuel, la promotion de l’égalité homme-femme avec notamment une historique parité au gouvernement ainsi qu’une régularisation massive des sans-papiers.

Toutefois, ce bilan plus qu’honorable ne sera peut être pas déterminant dans l’issue du vote du 9 mars prochain. En effet, la droite conteste les bons résultats économiques globaux à l’aune du ralentissement économique enregistré au cours du dernier trimestre 2007. Rejetant avec la mauvaise foi qui ne lui a pas souvent fait défaut la possibilité d’une cause externe comme l’impact de la conjoncture économique mondiale défavorable, le Parti Populaire fustige allègrement la mauvais gestion économique au gouvernement de Jose Luis Zapatero et lui fait porter l’entière responsabilité du ralentissement économique.

Pour le reste, le Parti Populaire tente de minimiser l’impact de la hausse des pensions et des salaires minimum acquis lors de la législature qui s’achève et propose en bon parti de droite une grande réforme fiscale qui pourra augmenter le salaire-poche des espagnols. Quant aux avancées éthiques dans le domaine de la régularisation et du mariage homosexuel, le Parti Populaire qui les a combattu avec acharnement durant toute la législature n’a de cesse de flatter son électorat le plus conservateur en réitérant son attachement aux valeurs traditionnelles de la Droite. Même la parité homme-femme n’a pas trouvé grâce aux yeux de Rajoy et des siens. Le tribunal constitutionnel a récemment rejeté un recours du PP contre l’obligation de parité homme-femme sur les listes électorales.

La polarisation extrême du paysage politique espagnol n’est pas sur le point de s’atténuer quand on sait que Rajoy a fait le choix d’écarter Alberto Ruiz Gallardon, maire centriste de Madrid, des listes électorales. Son propos trop modéré n’était sans doute pas du goût de son président de Parti…

Pour conclure, force est de constater que nonobstant le fait qu’elle soit souvent cité en exemple la « transition » espagnole qui a rendu possible le passage du régime franquiste vers une démocratie multipartite n’aura pas permis d’enterrer tous les vieux démons surtout à droite de l’échiquier politique. Il est pour le moins paradoxal qu’alors que pour ce qui est des partis socio-démocrates, la pression d’une certaine presse pour qu’ils se modernisent ou se rénovent (se « blairisent » ou se droitisent diront les mauvaises langues !) est forte, les prises de positions ultra-réactionnaires de certaines formations de droite semblent globalement susciter moins d’émoi dans les médias. Mais cela est sans doute une autre histoire…

1. El Pais, 2 novembre 2007, pages 12-13.
2. http://www.elmundo.es/elmundolibro/2004/10/05/historia/1096993336.html

jeudi 9 août 2007

Après plusieurs semaines d’absence motivées par une campagne électorale prenante et une après campagne tout aussi prenante, je me décide enfin à reprendre la plume dans mon blog. N’étant plus en « congé » politique pour ce qui est de mes fonctions tant à la FEF qu’au CJEF, j’ai à nouveau un devoir de réserve en ce qui concerne mes prises de positions politiques. Président en exercice du Conseil de la Jeunesse jusqu’en décembre, je me dois d’être prudent dans mon propos pour garantir la neutralité de la fonction. Dès lors, je vais éviter de trop polémiquer sur l’actualité politique belge dans les mois à venir. Je vais plutôt aborder les questions internationales. Pour le reste, je vais clôturer la période « Carlos candidat » en étant super original et en remerciant les 1404 personnes qui ont voté pour moi.

vendredi 18 mai 2007

Pour une politique fiscale de gauche !

La réorganisation de notre système fiscal constitue un des domaines prioritaires de l’action du Parti Socialiste. Contrairement à ce que voudrait faire croire le camp libéral, le Parti Socialiste n’est pas pris d’une rage taxatoire. Au contraire, le Parti socialiste défend la mise en place d’une fiscalité plus juste qui tienne compte des capacités contributives de chacun.
Or, à l’heure actuelle, notre système est tout à fait injuste sur ce point puisque ce sont les revenus du travail qui sont les plus taxés alors que les revenus du capital (qui sont majoritairement concentrés entre les mains d’une petite minorité de la population) échappent pour une large part à l’impôt. En outre, l’(in)action de Didier Reynders au Ministère des finances laisse le champ libre à la fraude fiscale et aux mécanismes d’évasion fiscale qui profitent principalement aux gros revenus.
C’est pourquoi, le programme du Parti Sociale propose d’agir sur ces deux fronts.
D’une part, il est urgent de renforcer la lutte contre la grande fraude fiscale. A l’heure actuelle, les petits contribuables (et, en particulier, les travailleurs) font l’objet de contrôles récurrents. Dans le même temps, la plupart des enquêtes relatives à la grande fraude fiscale n’ont pas pu aboutir ces dernières années. C’est pourquoi, le Parti Socialiste souhaite placer la lutte contre les grandes fraudes fiscales au cœur de ses priorités.
D’autres part, il faut promouvoir une meilleure taxation des revenus du capital et des grandes fortunes afin de pouvoir soulager la pression fiscale sur les revenus du travail. Il n’est pas normal les travailleurs soient lourdement taxés alors que les rentiers échappent largement à toute contribution fiscale. Deux propositions du PS sont particulièrement intéressantes sur ce point.
Premièrement, le Parti Socialiste prône une meilleure taxation des plus-values réalisées lors de la vente d’action. A l’heure actuelle, un riche spéculateur qui achète des actions pour les revendre un peu plus tard au double du prix peut facilement échapper à toute taxation alors que le simple contribuable qui touche les intérêts sur son compte en banque doit, lui, payer le précompte mobilier. C’est pourquoi, le Parti Socialiste propose d’étendre les mesures permettant de soumettre à l’impôt les plus-values réalisées dans le cadre de la spéculation boursière.
Deuxièmement, le Parti Socialiste propose d’introduire une cotisation de solidarité sur les plus grandes fortunes comme cela existe dans beaucoup d’autres pays (France, Norvège, Espagne, Suisse,…). Ce prélèvement, d’un faible taux, toucherait les patrimoines supérieurs à 1,25 millions d’euros.
Par ailleurs, ces dernières années, sous la pression des libéraux, de nombreuses réductions de cotisations sociales ont été octroyées aux employeurs. Celles-ci avaient pour but de stimuler l’embauche de nouveaux travailleurs mais, dans les faits, on se rend compte qu’elles ont plus souvent constitué un cadeau aux employeurs sans véritable effet positif sur l’emploi. Les montants en jeu sont considérables et il est inadmissible que ceux-ci soient purement et simplement gaspillés de cette manière. C’est pourquoi le Parti Socialiste propose, dans un premier temps, d’évaluer l’effet réel des réductions de cotisation sur l’emploi et, dans l’attente de cette objectivation, de geler le niveau actuel des réductions. Dans un deuxième temps, le PS propose, d’une part, de cibler ces réductions au seul domaine pour lesquels il est prouvé qu’elles sont efficaces (les bas salaires) et, d’autre part, de lier spécifiquement l’octroi de réductions de cotisations supplémentaires à des créations directes d’emploi.
Ces mesures permettraient de garantir, d’une part, un véritable effet positif des mesures de réduction de cotisation sur l’emploi et, d’autre part, de limiter le coût total des réductions afin de garantir la pérennité de notre sécurité sociale.